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ETAT DES LIEUX :

L’analyse de la situation épidémiologique du VIH en Tunisie s’est appuyée sur la triangulation de données de notification des cas du VIH/sida, sur les résultats des programmes de dépistage des associations et des CCDAG, ainsi que sur les résultats des études bio-comportementales auprès des populations clés. Enquêtes bio-comportementales de 2009, 2011, 2014 et 2018, qui montrent une tendance évolutive. Les résultats des études bio-comportementales (UDI, HSH, PS) réalisées en 2018 seront complétés et introduits dans la présente demande de financement après leur finalisation et leur validation (En attente des résultats des études prévus en janvier 2018).

Tableau 1 : Prévalence du VIH parmi les populations clés (sera complété avec les résultats des études de 2018)

En Tunisie, on estime le nombre de personnes vivant avec le VIH selon le modèle SPECTRUM de l’ONUSIDA à 2997 soit un taux moyen de < 0,1%

Tableau 2 : Résultats du Spectrum 2017

La distribution des cas notifiés à la DSSB entre 1986 et 2016 par grandes régions montre que le Grand-Tunis et les régions côtières ont totalisées 88 % de l’ensemble des cas depuis le début de l’épidémie. L’épidémie de VIH/SIDA est classée comme une épidémie urbaine avec une concentration dans les zones côtières, ce qui renforce la nécessité de mettre en œuvre une approche différenciée. En Tunisie, le concept d’épidémie concentrée, fait place à une nouvelle approche pour comprendre et répondre à l’épidémie de VIH, une approche basée sur la localisation et les populations.

Figure 1 : Distribution des cas de VIH/sida notifiés à la DSSB par grandes régions de résidence, de 1986 à 2016

En effet, l’épidémie de VIH est la somme de plusieurs épidémies locales interconnectées, au sein desquelles les populations clés sont les plus touchées.

L’incidence du VIH/sida observe une augmentation progressive depuis l’année 2000 selon les cas notifiés au programme national de lutte contre le sida (PNLS), en particulier parmi les personnes étrangères. Le nombre annuel de nouveaux cas notifiés chez les tunisiens et les personnes de nationalité étrangère est 253 nouveaux cas en 2013 et 327 cas au 31 décembre 2014, donnant ainsi un cumul de 2047 cas jusqu’au 31 décembre 2014 (figure 1). En 2015 les données de notification auprès du PNLS indiquent : 156 cas et 164 cas en 2016.

Figure 2 : Distribution des cas de VIH/sida notifiés à la DSSB par grandes régions de résidence, de 1986 à 2016

Les personnes étrangères représentent une grande proportion plus de 50% : pour la plupart des ressortissants libyens non-résidents venant pour des soins médicaux du fait de la situation sécuritaire et conséquemment les entraves à l’accès aux soins. Par ailleurs, quelques résidents de diverses nationalités et des étudiants originaires des pays de l’Afrique subsaharienne
Toutefois, selon les estimations du Spectrum, le nombre des PVVIH de nationalité tunisienne serait deux fois plus élevé que celui des cas notifiés par le PNLS comme indiqué dans le tableau 1.

Figure 3 : Estimation des cibles VIH entre 2013 et 2017

La comparaison entre les données notifiées à la DSSB et les estimations faites par Spectrum, modèle de l’ONUSIDA, montre que le nombre estimé de nouveaux cas est supérieur au nombre notifié. Une proportion de 41% des PVVIH dans le pays ignore son statut sérologique (tableau n°2) et par conséquent ne dispose pas d’un accès aux soins et n’adopte pas de comportements préventifs du fait de cette méconnaissance de la séropositivité au VIH.
Comparaison du nombre notifié et le nombre estimé des nouvelles infections VIH, 1995-2016-Tunisie .

Figure 4 : Comparaison cas notifiés et nouvelles infections

Depuis le début de l’épidémie, on constate une fluctuation de la proportion de cas au stade de SIDA mais qui restait supérieure à la moitié des cas. Depuis 2004, une tendance à la baisse de cette proportion a été observée. Cette baisse s’est accélérée depuis 2009 pour atteindre près du tiers des cas ces dernières années (27 à 37%) (figures 5 et 6). Cette tendance est en partie expliquée par l’instauration du dépistage du VIH et la mise en place d’un système de suivi évaluation de la riposte au VIH/sida et des IST depuis 2009.

Figure5 : Evolution des cas notifiés

L’analyse des tendances évolutives des cas de VIH/SIDA par genre montre qu’il y a une tendance à la baisse de la sex-ratio en faveur des femmes sans pour autant dépasser les hommes (Figure 8 et diagramme 1). Les hommes constituent toujours le plus grand moteur de l’épidémie en Tunisie, malgré que l’épidémie VIH semble connaitre une croissance récente parmi les femmes témoignant de la prédominance de la transmission hétérosexuelle.
Depuis le début de l’épidémie, les jeunes étaient affectés de manière prédominante avec un âge moyen de 34,5 ans (35,9 ans pour les jeunes hommes et 32,1 ans pour jeunes femmes). La distribution des nouveaux cas de VIH par tranches d’âge était marquée par la prédominance des jeunes âgés de moins de 30 ans qui ont représenté la moitié des nouveaux cas avant 1995. Cette tranche d’âge est devenue de moins en moins touchée au profit des adultes jeunes âgés de 30 à 44 ans qui ont représenté 41 % des nouveaux cas en 2016 contre 29 % pour les jeunes âgés de moins de 30 ans (Figure 9 et 10).

Figure 6 : Evolution du sex-ration

L’analyse des données du programme de 2012 à 2016 a montré que le mode de transmission hétérosexuel était le plus fréquent et a représenté 57% des cas : 46% pour les hommes et 77% pour les femmes. L’usage de drogues intraveineuses et les rapports sexuels entre hommes constituait le deuxième et le troisième mode chez les hommes avec respectivement 15% et 12% des cas. Le mode de transmission reste inconnu pour 25% des hommes et 15% des femmes.

Figure 7 : Distribution selon les modes de transmission